jeudi 12 juillet 2012

Emotional landscapes*



Dans notre petite Chevrolet couleur de mousse, nous avons sillonné la côte sud de l'Islande durant une semaine. 
Nous avons traversé des champs de fleurs, de lave, de mousse, de cailloux, à perte de vue, et croisé infiniment plus de chevaux et de moutons que d'êtres humains sur notre chemin.
À Þingvellir, nous avons été sauvés de la faim grâce à des crackers au fromage et aux graines de courge ainsi qu'une boîte de conserve de La Belle-Iloise — pourtant glissés sans grande conviction dans nos valises. Ce soir-là, la soupe à l'agneau eut une saveur particulièrement réconfortante.
Nous sommes tombés en extase devant la beauté de Jökulsárlón et ses innombrables nuances de bleu et de gris. La rencontre avec un phoque sur sa mini-banquise fut un moment de joie inattendu et magique.
Nous nous sommes amusés à observer pendant de longues minutes les allers-retours des petits macareux entre les falaises et la mer à Dyrhólaey.
Nous avons marché au milieu des névés et des fumerolles à Landmannalaugar. Là-bas, en me dévêtant pour la baignade, j'ai perdu la clé de ma valise au fond de la source chaude — sans m'en rendre compte, évidemment.
Nous nous sommes régalés de soupes, de langoustines, de poissons à la chair délicate, de baleine grillée — c'est mal, je sais —, d'agneau tendre, de burgers savamment composés et de hot-dogs pas très islandais. Mais le plus délicieux, le plus renversant, c'étaient le skyr à la myrtille, et surtout, surtout, les tartines beurrées de rúgbrauð une sorte de soda bread au seigle déguisé en cake et légèrement sucré. Un pain de folie.
Nous avons échangé quelques mots avec un Russe qui parcourait l'Islande à vélo et qui avait fait la même chose en France dix ans auparavant, un étudiant en sciences politiques qui s'apprêtait à quitter la capitale islandaise après deux mois de stage, la jeune Berglind, qui nous a aidés à scier le cadenas de ma valise, et un père de famille suédois croisé plusieurs fois sur la route.















À l'approche de Reykjavík, en voyant les montagnes s'éloigner, j'ai eu un pincement au cœur. Tous ces paysages allaient me manquer.
Mais Reykjavík, sa douceur et sa nonchalance estivale, c'était drôlement bien aussi.











* Je crois que je n'écouterai plus jamais Björk ou Sigur Rós de la même façon.

mercredi 20 juin 2012

Youpi & Voilà ! (tout simplement)


Ces derniers temps, les journées de travail furent entrecoupées de séances de piscine, de cueillettes de framboises au parc — les premières de l'année, que l'on découvre avec surprise et ravissement —, de séances de cinéma rue Champollion, et aussi d'escapades dans mon café préféré du moment, qui se défend bien en cafés mais aussi en scones, cookies et cakes.
J'ai vu des films étranges, intriguants, le genre de film qui ne sort pas de votre esprit quand vous quittez la salle. Le destin de Cesare, le plombier romain de I giorni contati, m'a laissée songeuse — échappe-t-on jamais à sa condition ? Celui de Jimmy Angelelli de Fingers, tiraillé entre sa passion immodérée pour la musique — au point qu'il ne se sépare jamais de son encombrant radio-cassette doudou —, son impuissance et sa violence tapie, est terrible, tout comme la vie sordide de Beatrice Hunsdorfer, personnage à la dérive dans The Effect of Gamma Rays on Man-in-the-Moon Marigolds — le film se clôt sur une note d'espoir, pourtant.

Ces derniers temps, il y eut aussi des épreuves angoissantes mais nécessaires. Après la plus longue d'entre elles, le réconfort est venu d'un déjeuner chez Lengué. Bento sublime, délicat, exquis. Je vous en reparlerai.
Puis, les épreuves furent suivies de jours d'attente insoutenable. Le 15 juin, alors que le spectre de la lose planait au-dessus de ma tête, le mail de la délivrance finit par arriver : j'allais pouvoir continuer à exercer le métier de mes rêves pour une durée indéterminée. Enfin.
Ce soir-là, c'est avec un clafoutis de la victoire que je me suis rendue au club de lecture — où je me suis franchement énervée contre une imposture littéraire nommée Modiano —  et que j'ai pu effacer le cauchemar du 15 juin précédent.

Le lendemain, nous avons fêté cette heureuse nouvelle à Youpi & Voilà, tout désigné pour l'occasion. J'avais en tête une image, une description vues chez Camille...
On nous servit des sardines de l'Île d'Yeu marinées à cru, parsemées de graines de sésame à la prune, du rouget barbet accompagné de mozzarella et de ketchup de poivron, et une noix de bœuf d'Aquitaine habillée de petits éclats d'olives et de petits pois frais et croquants — une merveille. Pour finir, de l'abricot (poché, probablement), des fraises, du coulis, un gâteau sablé, et une glace que nous n'avons pas réussi à identifier — "safran", nous dit-on à la fin du repas.
Ce fut, pour nous aussi, un "moment de ravissement profond".
La soirée se prolongea avec une promenade le long du Canal Saint-Martin, et la douceur de la nuit nous poussa jusqu'à Sully-Morland, où nous avons fini par prendre le métro pour rentrer.

Ces derniers temps, ma cuisine fut quelque peu désertée, délaissée. La seule chose que j'avais régulièrement plaisir à préparer, c'étaient ces copieux sandwiches pour le déjeuner :

Sandwiches poulet rôti & BLT


Il s'agit simplement de faire rôtir des cuisses de poulet (une par personne), de griller du bacon, et d'assembler les sandwiches à sa guise, avec pain de mie complet, morceaux de poulet rôti, bacon grillé, tomates fraîches, laitue croquante et mayonnaise, et de bien tasser le tout pour que rien ne s'échappe. Du fast food comme j'aime.

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Ce soir, nous allons voir Dominique A au Casino de Paris : même artiste, même salle, mêmes circonstances qu'à l'automne 2009. Un curieux et heureux hasard.

Enfin, je ne pouvais espérer de meilleures conditions pour partir en Islande. J'ai tellement hâte !

dimanche 27 mai 2012

On voit l'écriture blanche des années empilées




Ce dimanche d'entre-deux-tours, nous n'étions que trois à table pour le déjeuner : ma mère, ma sœur et moi. À la fin du repas, moins copieux que d'ordinaire, ma sœur m'a demandé si je connaissais Carl Marletti. Et moi de lui répondre oui, bien sûr. Et de lui parler aussitôt de Pain de sucre, de Pralus et sa praluline, des magnifiques millefeuilles de Jacques Génin, des merveilles de la Pâtisserie des Rêves...
Je lui montrai les photos du blog Raids Pâtisseries ainsi que les vidéos du site de la Pâtisserie des Rêves... Tiens, regarde ci, tiens, regarde ça... Et ce fut le début de la fin.
Après une bonne demi-heure passée à saliver devant la tarte au chocolat de Christian Constant, la fabrication de la Tarte Tatin ou du Paris-Brest de Philippe Conticini, et toutes les photos de gâteaux tous plus appétissants les uns que les autres, nous n'en pouvions plus.
"Et si on allait à la Pâtisserie des Rêves, là, tout de suite ?"

Une heure plus tard, nous nous partagions, toutes les trois, un Grand Cru, une Tarte Tatin, un Paris-Brest et un millefeuille dans le chic salon de la rue de Longchamp.
J'avais oublié à quel point le Paris-Brest était divin et à quel point j'aimais ce genre d'imprévu.

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Le dimanche suivant, déjeuner rituel de jour d'élection au 14 juillet, près de notre ancien appartement et de notre bureau de vote. L'ambiance était joyeuse, la côte de bœuf généreuse et les frites toujours aussi délicieuses — de plus, le rab nous est toujours gentiment offert. Pour le dessert, deux profiteroles géantes furent partagées entre ma mère, ma sœur, mon frère, mon poulet et moi. Le petit M. — qui a désormais 21 mois — y goûta avec une extrême modération, sans doute gêné par l'amertume du chocolat noir. Il préféra aller voir le petit chien d'une table voisine, où une ancienne championne de tennis déjeunait avec des amis.
Plus tard, c'est lui qui glissa mon bulletin dans l'urne ; mais il fallut l'aider un peu, car il présentait l'enveloppe perpendiculairement à la fente.

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Ces derniers temps, parmi mes compagnons de salles obscures, il y eut : une Allemande en exil, de petits Japonais pleins de rêves secrets, une dresseuse d'orques aux jambes brisées, un boxeur à la fois rustre et plein d'attention... J'ai aimé l'espièglerie et la générosité des enfants partis en expédition pour crier leurs vœux les plus secrets — voir sa famille réunie, par exemple — au croisement des nouveaux Shinkansen. J'ai aimé le visage fermé de Barbara, dissimulant tant de sentiments mêlés, sa solitude, sa révolte intérieure, sa méfiance quasi permanente, mais aussi la tentation de lâcher prise. Je repense aussi avec émotion à une scène de Nouveau Souffle (Atmen, en V.O.), dans laquelle le personnage interprété par Georg Friedrich, employé des pompes funèbres, fait la toilette à une vieille dame qui vient de décéder. Ce personnage assez antipathique et grossier au premier abord, et qui malmène son jeune collègue avec un plaisir non feint, montre, à ce moment-là, une douceur et un respect infinis dans ses gestes. C'est bouleversant. La scène du nœud de cravate aussi, est belle, par son côté symbolique. En fait, j'ai trouvé Georg Friedrich bien plus intéressant et plus touchant dans ce rôle secondaire que dans L'amour et rien d'autre (Über uns das All, en V.O.).

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Un jour, le passé a ressurgi sous la forme d'un courriel. Celui d'une ancienne camarade de fac que je n'avais pas vue depuis dix-sept ans, mais dont j'ai immédiatement reconnu le nom. Après quelques échanges de mails, nous nous sommes retrouvées un soir dans un bar à tapas, où nous avons pris un verre et partagé une assiette de quesadillas, tout en nous racontant nos parcours respectifs. J'ai eu le vertige en pensant à tout ce temps écoulé et je me suis demandé si je pourrais un jour cesser de chercher à convaincre les autres que je n'ai pas tout raté.

lundi 23 avril 2012

Soft rains of April (salades et assiettes composées)



Un matin, j'ai filé trop tôt, trop vite. Les yeux cernés, encore embués de sommeil.
En sortant des douches, après ma séance de brasse coulée, j'ai senti ma vue se brouiller. Sous le sèche-cheveux, ce sont mes jambes qui se sont mises à faiblir : je me suis appuyée contre le mur, espérant que cela passerait. Puis ce fut le noir total. Je marchai à tâtons, incapable de retrouver ma cabine. Maître-nageur et cabinier sont venus à ma rescousse.
Un quart d'heure et un sucre plus tard, j'étais de nouveau d'aplomb.
Ce n'était rien, en fait.

Je partis tout de même prendre un consistant petit déjeuner chez Claus. Le smoothie pomme-ananas-menthe (de folie), les tartines beurrées et le chocolat chaud me requinquèrent en un rien de temps. Je regrettai seulement de ne pas avoir pu m'installer confortablement à une banquette à l'étage et d'avoir dû me contenter d'un tabouret au rez-de-chaussée.
Après cela, je me rendis à ma réunion hebdomadaire, l'occasion de rencontrer mes collègues, de déjeuner avec elles, l'occasion de briser nos solitudes quotidiennes. Il y a la jeune polyglotte qui a passé une année au Caire et voudrait retourner au Moyen Orient, la fille qui, grâce à son père, connaît par cœur l'univers des courses moto, et la lesbienne extravertie et drôle qui veut se lancer dans une thèse de doctorat (la malheureuse !). Il y a aussi en visioconférence, parce qu'elle habite dans le Nord, la mère de famille anciennement expatriée aux États-Unis, mais elle ne déjeune évidemment pas avec nous. Toute cette joyeuse équipe est dirigée par O., qui est peu ou prou la chef idéale : toujours positive et encourageante — ce qui me change drôlement de ma précédente chef et risque de me rendre un peu difficile pour les suivants.


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Le petit plaisir du moment, ce sont les sublimes affiches Visit Finland qui jalonnent mes trajets en métro, et que je guette à chaque station, à chacun de mes parcours. La Beauté du Silence, c'est ainsi que s'intitule cette série de photos en noir et blanc de Martti Jämsä. On y voit un transat à rayures face à un lac, des branches de saule, un matelas pneumatique, un garçon portant un chapeau de paille, des enfants qui se baignent. C'est le charme, la mélancolie de l'été finlandais — qui me ferait presque regretter d'avoir pris des billets d'avion pour Reykjavík et non pour Helsinki.


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Outre l'obsession des oranges maltaises (et sanguines), il y a actuellement la lubie des salades et des assiettes composées, qui constituent nos dîners depuis quelque temps — nous ne sommes pas à la diète, il s'agit simplement des envies du moment ; par exemple, la dernière fois que nous sommes allés chez Così, j'ai commandé une salade au lieu de l'habituel sandwich... Mais cela ne nous empêche pas de manger aussi des lapins en chocolat, des cookies homemade, des burgers-frites, ou des instant ramen coréens (junk food ! mais que j'adore).
Ça ressemble à ça :

Asperges vertes et carottes poêlées, œuf mollet, betterave chioggia, pomme de terre, mesclun, ciboulette, persil, Melfor et huile de tournesol, pain préféré. 

Roquette, tomates confites, cœurs d'artichaut, prosciutto di Parma, parmesan, vinaigre balsamique blanc et huile d'olive, pain préféré. 

Mesclun de jeunes pousses, asperges vertes et carottes poêlées en bâtonnets, chioggia, pomme de terre, ciboulette, persil, Melfor et huile de tournesol, pain à l'ail. 

Filets de poulet pané, mesclun, pomme de terre, concombre, chioggia, carottes râpées, ciboulette, Melfor et huile de tournesol. 

Mesclun, courgette rôtie (en fines tranches), tomate confites, bresaola, noix de cajou concassées, vinaigre balsamique blanc et huile d'olive, pain préféré.

Salade de pommes de terre rôties, guacamole, carottes râpées, tomates cerises, mesclun. 

Œuf sur le plat, chioggia, endives, tomates cerises, mesclun, vinaigrette à la moutarde, pain préféré

Galettes pomme de terre-oignon nouveau, asperges blanches, haricots verts, ratatouille.


Parfois, c'est un peu moins composé :

Gambas et asperges blanches, mayonnaise.

Batavia, chioggia, vinaigrette à la moutarde, pain préféré.



Parfois, je refais de vieilles recettes, comme cette salade que m'avait fait découvrir une amie (Crevette, pour ne pas la citer) :

Salade de gambas, avocat, pamplemousse et granny smith
(recette déjà publiée sur La bouche pleine)


pour 2 personnes

une douzaine de gambas, cuites et décortiquées
1 avocat
1 pamplemousse
1 pomme granny smith (oubliée ici)
un peu de mesclun
menthe et coriandre ciselées
sel, poivre, huile d'olive

Disposer un lit de mesclun dans les assiettes.
Couper la pomme et l'avocat en petits morceaux.
Peler à vif le pamplemousse et lever les suprêmes.
Disposer les gambas, les suprêmes de pamplemousse, les morceaux d'avocat et de pomme sur le mesclun.
Ajouter la menthe et la coriandre ciselées.
Arroser d'huile d'olive, saler et poivrer.

vendredi 20 avril 2012

mercredi 4 avril 2012

I simply remember my favorite things and then I don't feel so bad (oranges, udon et chioggia)


La première préoccupation de ce mois de mars fut de ne pas sombrer dans la mélancolie. La mélancolie singulière de ceux qui sont au crépuscule d'une longue vie, et à qui les êtres chers manquent déjà. Une nostalgie terrible parce que chaque rencontre, chaque fois est peut-être la dernière. Je n'ai pas cet âge ; pourtant, j'ai entraperçu ce sentiment un soir un peu triste et solitaire, j'ai entrevu ce que pouvaient être la vieillesse et la solitude qui entoure les derniers instants d'une vie. J'ai cru que cette angoisse soudaine, inédite, ne me lâcherait pas. Puis, elle s'en est allée. Il est vrai que les rires et les jeux avec un petit M. espiègle ont aidé.

L'autre préoccupation, plus terre-à-terre, fut de ne jamais manquer d'oranges maltaises et sanguines pour l'indispensable jus du matin — 3 maltaises pour 1 sanguine, c'est le ratio idéal — et d'en avoir en permanence 2-3 kg d'avance. Je ne sais comment est née cette addiction, cette obsession même, mais acheter des oranges est devenue une activité quasi quotidienne. Je passe mon temps à courir les étals des supermarchés, où les aléas de l'approvisionnement me jouent sans cesse des tours : tantôt les stocks de sanguines sont épuisés, tantôt ce sont les maltaises qui viennent à manquer... Il faut alors interroger l'employé préposé aux fruits — "Quand aurez-vous de nouveau des oranges maltaises/sanguines ? Lundi ? En êtes-vous bien sûr ?" Évidemment, le lundi, il n'y aura pas l'ombre d'une maltaise ni d'une sanguine —, et continuer la quête ailleurs... Je crois que la folie me guette.

Avec cette modération qui me caractérise, je me suis déjà rendue au moins quatre fois — dont trois durant la même semaine — chez Sanukiya, depuis que j'ai découvert ce nouveau restaurant de udon, concurrent du Kunitoraya. J'ai succombé à leurs udon généreusement garnis et à leurs fritures parfaites : les kakiagé (galette de légumes et crevette) et nikuoroshi (bœuf et œuf mi-cuit), notamment, sont fabuleux. J'y ai emmené quatre personnes, dont un poulet qui a adoré manger ses tempura en terrasse. Il y eut aussi trois amies qui partagent le même goût que moi pour les japonaiseries (udon, ramen, donburi, poisson cru, wagashi... enfin, vous voyez, quoi). L'une d'entre elles m'a tendu un petit sac des Éditions de Minuit contenant non pas un livre, mais de petites betteraves chioggia cultivées par Joël Thiébault. Elles furent splendides en salade (merci Camille !).

Carpaccio de betterave chioggia


quelques fines tranches de betterave chioggia (les miennes, coupées au couteau, étaient d'une épaisseur affreusement inégale)
un peu d'échalote finement émincée
du poivre noir fraîchement moulu

Pour la sauce :
2 c.c. de sauce soja (Kikkoman, par ex.)
1 c.s. de Melfor
1 c.s. d'huile de noisette

Il suffit juste de disposer harmonieusement les tranches de betterave dans une assiette avec l'échalote émincée, d'arroser de sauce et de saupoudrer le tout d'un peu de poivre (mais pas de sel, étant donné que la sauce soja est salée).
On peut y ajouter des herbes fraîches, mais je n'en avais pas sous la main.

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En 2001, je m'apprêtais à partir un mois à Reykjavík pour prendre des cours d'islandais et me retrouver dans les paysages de Jóga. Mais le rendez-vous n'eut pas lieu : j'ai préféré Helsinki, le charme finno-ougrien et agglutinant du finnois, l'illatif, l'inessif... et puis aussi Paasilinna, Kaurismäki et Moomin. Expérience que j'ai adorée.
Il m'aura fallu patienter onze ans avant de découvrir l'Islande : ce sera au mois de juin, quand ma mission sera terminée. Vous n'imaginez pas à quel point j'ai hâte — en attendant, pour me familiariser avec les rudiments de l'islandais, j'ai ressorti mon vieux Kauderwelsch, avec la petite cassette audio qui l'accompagne, et il a fallu trouver un walkman qui marche encore, je ne vous raconte pas la galère.
Et ne me dites pas que Reykjavík est entretemps devenue une destination branchée, cela ne me gâchera pas mon plaisir.

mardi 6 mars 2012

Mitt hjerte alltid vanker (souvenirs de la semaine passée)


Un œuf basse température, posé sur un lit d'épeautre, dans un bouillon d'héliantis. Suavité d'un jaune à la texture inédite, à peine pris, mais pas coulant. Clarté du bouillon. Fermeté de l'épeautre et croquant du sarrasin. Une merveille*.


Une queue de lotte, du chou-fleur à la mandoline, et en crème, et un pétale de moelle. Une association qui laisse dubitatif au premier abord, mais qui se révèle détonante, sublime. La sauce brune est un concentré de saveurs qui relie le tout*.


Une femme en quête de sa liberté, de son désir, de sa propre volonté. Ellida, une figure féminine comme seul Henrik Ibsen sait les inventer**.
Vous ai-je déjà avoué mon admiration et mon amour pour le personnage de Nora depuis un soir de 1997 ? Vous ai-je déjà dit à quel point, depuis mes vingt ans, les mots de Solveig qui constituent les dernières lignes de Peer Gynt me bouleversent ?
Depuis quelques jours, Ellida a rejoint le panthéon de mes héroïnes personnelles.


Solitude et détresse d'un homme qui a perdu le goût de vivre. Un feu follet, que l'on suit, le temps d'une journée de fin d'été, le temps d'une tournée d'adieu. Les parenthèses de douceur — la virée en vélo dans Oslo la nuit, dans les nuages d'un extincteur, la baignade matinale dans une piscine en plein air — n'y changeront rien. La vie s'arrêtera en ce matin du 31 août, à Oslo.


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* Un moment de grâce que je dois à Bertrand Grébaut et à l'équipe de Septime.

** J'ai frémi en reconnaissant le premier air chanté par Camille. Ma passion adolescente pour un certain groupe norvégien n'aura pas été totalement vaine...

mercredi 29 février 2012

Sometimes I still need you (unconventional blanquette)


Jeudi dernier, plaisir immense de me retrouver sur la banquette de Kooka Boora, après un court passage au bureau. J'ai sorti mon énorme ordinateur, posé le filtre de confidentialité sur l'écran, et travaillé en sirotant un grand verre de jus pomme-poire-orange tout frais. Je n'ai pas vu le temps passer, le café n'allait pas tarder à fermer quand je suis partie pour aller rejoindre mes anciens collègues dans un restaurant du quartier.
L'expérience s'étant avérée concluante, je crois qu'elle sera renouvelée très souvent dorénavant, car la monotonie des journées passées dans mon petit bureau me pèse un peu. Je ne trouve pas le temps d'écrire à mes amis — pardon à celles qui attendent une réponse depuis des lustres —, de lire plus que les quelques pages que je lis sur le trajet de la piscine — actuellement Les jeunes filles, choisi par le club de lecture, une relecture donc. Les jours passent et les pages de mon agenda, que je m'étais promis de remplir d'un dessin quotidien — c'était ma seule bonne résolution pour l'année —, restent de plus en plus souvent vides. Je me suis résolue à travailler le dimanche, afin de gagner quelques heures de liberté en semaine. Pour pouvoir me poser un moment dans un café adoré, voir un film mélancolique, aller chercher des flans et du pain, dessiner, rêvasser, un peu. Tout ce qui constitue mon oxygène.

Cela fait maintenant cinq ans (!) que je vous confie mes obsessions culinaires et que je vous raconte ma vie dans les grandes largeurs. Et même si les billets tendent à s'espacer, je n'ai nullement l'intention de renoncer à cette drogue douce qu'est le blog. J'aime trop les échanges et les découvertes qu'il me procure. Et je crois que sans vos gentils mots et encouragements, je serais restée à un niveau de confiance en moi-même assez déplorable. Pour ça, je vous dois encore plein de billets, de recettes et de dessins. Et en attendant, une blanquette. Il m'a fallu du temps, mais grâce à une amie chère, qui m'a en quelque sorte prise par la main pour me montrer le chemin, j'ai ENFIN vaincu mon angoisse de la blanquette.

La blanquette de veau comme je l'aime
(inspirée des recettes de Lilo, de Loukoum°°° et de celle testée avec mon amie M.)


pour 4-5 personnes, selon l'appétit

1 kg d'épaule de veau, coupée en morceaux
4 carottes épluchées et coupées en tronçons
1 branche de céleri
1 blanc de poireau
1 oignon piqué de clous de girofle (2 pour moi)
2-3 branches de thym
3 feuilles de laurier

200 g de champignons de Paris, nettoyés et coupés en deux
50 g de beurre
75 g de farine
jus d'1 citron
1 petit verre de vin blanc
100 g de crème fraîche
2 jaunes d'œufs
sel, poivre, huile

Faire revenir les morceaux d'épaule de veau avec un peu d'huile au fond d'une marmite, jusqu'à ce qu'ils soient légèrement colorés.
Jeter l'huile et couvrir largement d'eau froide.
Porter à ébullition, écumer, puis ajouter les carottes, le céleri, le poireau, l'oignon ainsi que les herbes. Tout doit être bien immergé (rajouter de l'eau au besoin).
Faire cuire 45 minutes, ôter les carottes (avec une écumoire) pour éviter qu'elles ne soient trop ramollies. Réserver.
Laisser cuire la viande avec le bouillon à nouveau pendant 45 minutes. Au bout de ce temps de cuisson, elle doit pouvoir s'effilocher facilement.

Dans une casserole, faire fondre le beurre.
Ajouter la farine et mélanger vivement avec un fouet pour éviter la formation de grumeaux.
Ajouter rapidement le bouillon, louche par louche, en mélangeant bien à chaque fois. Il faut compter une douzaine de louches environ. Ajouter le vin également.
Incorporer les champignons, les laisser cuire, le temps que la sauce épaississe un peu.
Dans un bol, mélanger la crème, les jaunes d'œufs et le jus de citron, et ajouter ce mélange à la sauce. Assaisonner.
Ajouter les morceaux de viande, laisser mijoter un peu (à feu doux) et servir avec les carottes et du-riz-sinon-rien.


Il me reste encore à vaincre l'angoisse de la pâte à choux, de la pasta maison, et de tout un tas d'autres choses. Autant dire que vous n'avez pas fini d'entendre parler de mes aventures culinaires.

vendredi 17 février 2012

In the bleak midwinter (riz à la gaxuxa)


Dire que mon quotidien a changé ces dernières semaines serait un euphémisme. Bouleversé, il a été.
Après la piscine, il faut désormais se dépêcher de rentrer à la maison, car le temps est compté. Vite, reprendre le métro, faire quelques courses peut-être, rincer bonnet et maillot de bain, et s'installer devant l'ordinateur professionnel après avoir avalé rapidement tartines beurrées, yaourt-confiture et jus de fruit frais (des oranges sanguines pressées, ou deux kiwis mixés avec un peu de jus de granny smith). Le chocolat chaud sera bu un peu plus tard, en plein travail.
Dans l'après-midi, il y aura plusieurs tasses de tie guan yin ou de thé vert au sarrasin. Et pour les moments de réconfort, la tablette de gianduja est toujours à portée de main. Pour encourager le cerveau qui faiblit — le pauvre, il n'était plus habitué à travailler.
Quand le ciel est dégagé, la lumière du soleil couchant invite à un moment de rêverie, mais il ne s'agit pas de se laisser distraire trop longtemps.

Beaucoup de choses me manquent depuis que j'ai repris la routine du travail.
Le flat white (cf. dessin) et l'odeur des gâteaux en train de cuire chez Kooka Boora me manquent. Le pain au cacao et le pain aux noix de Landemaine me manquent. De même que l'assiette de légumes de Rose Bakery, les "don" et bento de Nanashi, ou les smoothies incroyables de Claus. Il y a aussi la rue des Martyrs, le cinéma du matin, les longs trajets en bus, et ce temps qui me paraissait extensible... Mais je sais que bientôt, quand je serai mieux organisée dans mon planning, tout cela sera de nouveau accessible.


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Je n'ai — presque — pas senti la récente vague de froid. Bien sûr, il a fallu ranger provisoirement ballerines et derbies, et sortir la parka, les collants et les bottes, mais je n'avais toujours qu'une seule épaisseur de vêtement sous mon manteau quand les autres empilaient les couches. Comme si l'information n'était pas totalement parvenue à mon cerveau — le pauvre, il n'était plus habitué... Lors d'un samedi sibérien, j'ai eu envie d'un sorbet et craqué pour une robe d'été (sans manches mais avec des petites fleurs), que je me suis empressée d'étrenner la semaine suivante, sous un pull à grosse maille.
Ce samedi-là, j'ai aimé la longue et fraîche balade dans les jardins du Luxembourg, la fontaine gelée, et le magnifique soleil d'hiver. Une bouffée d'air bienfaitrice pour qui est confiné à la maison des journées entières***.


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Il y a quelques jours, Gracianne m'a rappelé ma découverte, l'automne dernier, du riz à la gaxuxa. Je ne sais pas pourquoi je ne vous en ai pas parlé alors que j'en ai fait plusieurs fois en très peu de temps et que c'est si bon et réconfortant. C'était la recette de Bolli's Kitchen, mais la prochaine fois j'essaierai la version de Gracianne, qui m'en a redonné envie.

Riz à la gaxuxa (inspiré de la recette de Bolli's Kitchen)


1/2 poulet*, coupé en morceaux
1 oignon
2 gousses d'ail
1 poivron rouge
une vingtaine de fines tranches de chorizo
250 g de riz (rond pour moi)
1/2 l de bouillon de poule
sel, poivre, huile d'olive, piment d'Espelette (facultatif)**

Émincer l'oignon et le poivron et hacher l'ail.
Dans une cocotte, faire dorer les morceaux de poulet dans un peu d'huile d'olive. Réserver.
Jeter le surplus de gras.
Faire revenir l'oignon et l'ail, puis ajouter le poivron et le chorizo. Laisser cuire quelques minutes, saler et poivrer.
Ajouter le riz et remettre les morceaux de poulet dans la cocotte.
Verser le bouillon chaud, couvrir et laisser cuire environ 20 minutes à feu moyen, en mélangeant un peu de temps en temps.
Le plat est prêt quand le riz est cuit et tout le bouillon absorbé.

* Je mets relativement peu de poulet, car je préfère le riz dans l'histoire.
** Pas de piment d'Espelette ici, car le chorizo apporte déjà assez de piquant, mais libre à vous d'en ajouter. J'ai également omis les tomates et le lard (ou jambon de Bayonne chez Gracianne), et le plat est resté tout à fait mangeable.
*** Le confinement explique le vide intersidéral de ce billet, mais j'essaierai de changer ça la prochaine fois.