mercredi 4 avril 2012

I simply remember my favorite things and then I don't feel so bad (oranges, udon et chioggia)


La première préoccupation de ce mois de mars fut de ne pas sombrer dans la mélancolie. La mélancolie singulière de ceux qui sont au crépuscule d'une longue vie, et à qui les êtres chers manquent déjà. Une nostalgie terrible parce que chaque rencontre, chaque fois est peut-être la dernière. Je n'ai pas cet âge ; pourtant, j'ai entraperçu ce sentiment un soir un peu triste et solitaire, j'ai entrevu ce que pouvaient être la vieillesse et la solitude qui entoure les derniers instants d'une vie. J'ai cru que cette angoisse soudaine, inédite, ne me lâcherait pas. Puis, elle s'en est allée. Il est vrai que les rires et les jeux avec un petit M. espiègle ont aidé.

L'autre préoccupation, plus terre-à-terre, fut de ne jamais manquer d'oranges maltaises et sanguines pour l'indispensable jus du matin — 3 maltaises pour 1 sanguine, c'est le ratio idéal — et d'en avoir en permanence 2-3 kg d'avance. Je ne sais comment est née cette addiction, cette obsession même, mais acheter des oranges est devenue une activité quasi quotidienne. Je passe mon temps à courir les étals des supermarchés, où les aléas de l'approvisionnement me jouent sans cesse des tours : tantôt les stocks de sanguines sont épuisés, tantôt ce sont les maltaises qui viennent à manquer... Il faut alors interroger l'employé préposé aux fruits — "Quand aurez-vous de nouveau des oranges maltaises/sanguines ? Lundi ? En êtes-vous bien sûr ?" Évidemment, le lundi, il n'y aura pas l'ombre d'une maltaise ni d'une sanguine —, et continuer la quête ailleurs... Je crois que la folie me guette.

Avec cette modération qui me caractérise, je me suis déjà rendue au moins quatre fois — dont trois durant la même semaine — chez Sanukiya, depuis que j'ai découvert ce nouveau restaurant de udon, concurrent du Kunitoraya. J'ai succombé à leurs udon généreusement garnis et à leurs fritures parfaites : les kakiagé (galette de légumes et crevette) et nikuoroshi (bœuf et œuf mi-cuit), notamment, sont fabuleux. J'y ai emmené quatre personnes, dont un poulet qui a adoré manger ses tempura en terrasse. Il y eut aussi trois amies qui partagent le même goût que moi pour les japonaiseries (udon, ramen, donburi, poisson cru, wagashi... enfin, vous voyez, quoi). L'une d'entre elles m'a tendu un petit sac des Éditions de Minuit contenant non pas un livre, mais de petites betteraves chioggia cultivées par Joël Thiébault. Elles furent splendides en salade (merci Camille !).

Carpaccio de betterave chioggia


quelques fines tranches de betterave chioggia (les miennes, coupées au couteau, étaient d'une épaisseur affreusement inégale)
un peu d'échalote finement émincée
du poivre noir fraîchement moulu

Pour la sauce :
2 c.c. de sauce soja (Kikkoman, par ex.)
1 c.s. de Melfor
1 c.s. d'huile de noisette

Il suffit juste de disposer harmonieusement les tranches de betterave dans une assiette avec l'échalote émincée, d'arroser de sauce et de saupoudrer le tout d'un peu de poivre (mais pas de sel, étant donné que la sauce soja est salée).
On peut y ajouter des herbes fraîches, mais je n'en avais pas sous la main.

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En 2001, je m'apprêtais à partir un mois à Reykjavík pour prendre des cours d'islandais et me retrouver dans les paysages de Jóga. Mais le rendez-vous n'eut pas lieu : j'ai préféré Helsinki, le charme finno-ougrien et agglutinant du finnois, l'illatif, l'inessif... et puis aussi Paasilinna, Kaurismäki et Moomin. Expérience que j'ai adorée.
Il m'aura fallu patienter onze ans avant de découvrir l'Islande : ce sera au mois de juin, quand ma mission sera terminée. Vous n'imaginez pas à quel point j'ai hâte — en attendant, pour me familiariser avec les rudiments de l'islandais, j'ai ressorti mon vieux Kauderwelsch, avec la petite cassette audio qui l'accompagne, et il a fallu trouver un walkman qui marche encore, je ne vous raconte pas la galère.
Et ne me dites pas que Reykjavík est entretemps devenue une destination branchée, cela ne me gâchera pas mon plaisir.

mardi 6 mars 2012

Mitt hjerte alltid vanker (souvenirs de la semaine passée)


Un œuf basse température, posé sur un lit d'épeautre, dans un bouillon d'héliantis. Suavité d'un jaune à la texture inédite, à peine pris, mais pas coulant. Clarté du bouillon. Fermeté de l'épeautre et croquant du sarrasin. Une merveille*.


Une queue de lotte, du chou-fleur à la mandoline, et en crème, et un pétale de moelle. Une association qui laisse dubitatif au premier abord, mais qui se révèle détonante, sublime. La sauce brune est un concentré de saveurs qui relie le tout*.


Une femme en quête de sa liberté, de son désir, de sa propre volonté. Ellida, une figure féminine comme seul Henrik Ibsen sait les inventer**.
Vous ai-je déjà avoué mon admiration et mon amour pour le personnage de Nora depuis un soir de 1997 ? Vous ai-je déjà dit à quel point, depuis mes vingt ans, les mots de Solveig qui constituent les dernières lignes de Peer Gynt me bouleversent ?
Depuis quelques jours, Ellida a rejoint le panthéon de mes héroïnes personnelles.


Solitude et détresse d'un homme qui a perdu le goût de vivre. Un feu follet, que l'on suit, le temps d'une journée de fin d'été, le temps d'une tournée d'adieu. Les parenthèses de douceur — la virée en vélo dans Oslo la nuit, dans les nuages d'un extincteur, la baignade matinale dans une piscine en plein air — n'y changeront rien. La vie s'arrêtera en ce matin du 31 août, à Oslo.


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* Un moment de grâce que je dois à Bertrand Grébaut et à l'équipe de Septime.

** J'ai frémi en reconnaissant le premier air chanté par Camille. Ma passion adolescente pour un certain groupe norvégien n'aura pas été totalement vaine...

mercredi 29 février 2012

Sometimes I still need you (unconventional blanquette)


Jeudi dernier, plaisir immense de me retrouver sur la banquette de Kooka Boora, après un court passage au bureau. J'ai sorti mon énorme ordinateur, posé le filtre de confidentialité sur l'écran, et travaillé en sirotant un grand verre de jus pomme-poire-orange tout frais. Je n'ai pas vu le temps passer, le café n'allait pas tarder à fermer quand je suis partie pour aller rejoindre mes anciens collègues dans un restaurant du quartier.
L'expérience s'étant avérée concluante, je crois qu'elle sera renouvelée très souvent dorénavant, car la monotonie des journées passées dans mon petit bureau me pèse un peu. Je ne trouve pas le temps d'écrire à mes amis — pardon à celles qui attendent une réponse depuis des lustres —, de lire plus que les quelques pages que je lis sur le trajet de la piscine — actuellement Les jeunes filles, choisi par le club de lecture, une relecture donc. Les jours passent et les pages de mon agenda, que je m'étais promis de remplir d'un dessin quotidien — c'était ma seule bonne résolution pour l'année —, restent de plus en plus souvent vides. Je me suis résolue à travailler le dimanche, afin de gagner quelques heures de liberté en semaine. Pour pouvoir me poser un moment dans un café adoré, voir un film mélancolique, aller chercher des flans et du pain, dessiner, rêvasser, un peu. Tout ce qui constitue mon oxygène.

Cela fait maintenant cinq ans (!) que je vous confie mes obsessions culinaires et que je vous raconte ma vie dans les grandes largeurs. Et même si les billets tendent à s'espacer, je n'ai nullement l'intention de renoncer à cette drogue douce qu'est le blog. J'aime trop les échanges et les découvertes qu'il me procure. Et je crois que sans vos gentils mots et encouragements, je serais restée à un niveau de confiance en moi-même assez déplorable. Pour ça, je vous dois encore plein de billets, de recettes et de dessins. Et en attendant, une blanquette. Il m'a fallu du temps, mais grâce à une amie chère, qui m'a en quelque sorte prise par la main pour me montrer le chemin, j'ai ENFIN vaincu mon angoisse de la blanquette.

La blanquette de veau comme je l'aime
(inspirée des recettes de Lilo, de Loukoum°°° et de celle testée avec mon amie M.)


pour 4-5 personnes, selon l'appétit

1 kg d'épaule de veau, coupée en morceaux
4 carottes épluchées et coupées en tronçons
1 branche de céleri
1 blanc de poireau
1 oignon piqué de clous de girofle (2 pour moi)
2-3 branches de thym
3 feuilles de laurier

200 g de champignons de Paris, nettoyés et coupés en deux
50 g de beurre
75 g de farine
jus d'1 citron
1 petit verre de vin blanc
100 g de crème fraîche
2 jaunes d'œufs
sel, poivre, huile

Faire revenir les morceaux d'épaule de veau avec un peu d'huile au fond d'une marmite, jusqu'à ce qu'ils soient légèrement colorés.
Jeter l'huile et couvrir largement d'eau froide.
Porter à ébullition, écumer, puis ajouter les carottes, le céleri, le poireau, l'oignon ainsi que les herbes. Tout doit être bien immergé (rajouter de l'eau au besoin).
Faire cuire 45 minutes, ôter les carottes (avec une écumoire) pour éviter qu'elles ne soient trop ramollies. Réserver.
Laisser cuire la viande avec le bouillon à nouveau pendant 45 minutes. Au bout de ce temps de cuisson, elle doit pouvoir s'effilocher facilement.

Dans une casserole, faire fondre le beurre.
Ajouter la farine et mélanger vivement avec un fouet pour éviter la formation de grumeaux.
Ajouter rapidement le bouillon, louche par louche, en mélangeant bien à chaque fois. Il faut compter une douzaine de louches environ. Ajouter le vin également.
Incorporer les champignons, les laisser cuire, le temps que la sauce épaississe un peu.
Dans un bol, mélanger la crème, les jaunes d'œufs et le jus de citron, et ajouter ce mélange à la sauce. Assaisonner.
Ajouter les morceaux de viande, laisser mijoter un peu (à feu doux) et servir avec les carottes et du-riz-sinon-rien.


Il me reste encore à vaincre l'angoisse de la pâte à choux, de la pasta maison, et de tout un tas d'autres choses. Autant dire que vous n'avez pas fini d'entendre parler de mes aventures culinaires.

vendredi 17 février 2012

In the bleak midwinter (riz à la gaxuxa)


Dire que mon quotidien a changé ces dernières semaines serait un euphémisme. Bouleversé, il a été.
Après la piscine, il faut désormais se dépêcher de rentrer à la maison, car le temps est compté. Vite, reprendre le métro, faire quelques courses peut-être, rincer bonnet et maillot de bain, et s'installer devant l'ordinateur professionnel après avoir avalé rapidement tartines beurrées, yaourt-confiture et jus de fruit frais (des oranges sanguines pressées, ou deux kiwis mixés avec un peu de jus de granny smith). Le chocolat chaud sera bu un peu plus tard, en plein travail.
Dans l'après-midi, il y aura plusieurs tasses de tie guan yin ou de thé vert au sarrasin. Et pour les moments de réconfort, la tablette de gianduja est toujours à portée de main. Pour encourager le cerveau qui faiblit — le pauvre, il n'était plus habitué à travailler.
Quand le ciel est dégagé, la lumière du soleil couchant invite à un moment de rêverie, mais il ne s'agit pas de se laisser distraire trop longtemps.

Beaucoup de choses me manquent depuis que j'ai repris la routine du travail.
Le flat white (cf. dessin) et l'odeur des gâteaux en train de cuire chez Kooka Boora me manquent. Le pain au cacao et le pain aux noix de Landemaine me manquent. De même que l'assiette de légumes de Rose Bakery, les "don" et bento de Nanashi, ou les smoothies incroyables de Claus. Il y a aussi la rue des Martyrs, le cinéma du matin, les longs trajets en bus, et ce temps qui me paraissait extensible... Mais je sais que bientôt, quand je serai mieux organisée dans mon planning, tout cela sera de nouveau accessible.


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Je n'ai — presque — pas senti la récente vague de froid. Bien sûr, il a fallu ranger provisoirement ballerines et derbies, et sortir la parka, les collants et les bottes, mais je n'avais toujours qu'une seule épaisseur de vêtement sous mon manteau quand les autres empilaient les couches. Comme si l'information n'était pas totalement parvenue à mon cerveau — le pauvre, il n'était plus habitué... Lors d'un samedi sibérien, j'ai eu envie d'un sorbet et craqué pour une robe d'été (sans manches mais avec des petites fleurs), que je me suis empressée d'étrenner la semaine suivante, sous un pull à grosse maille.
Ce samedi-là, j'ai aimé la longue et fraîche balade dans les jardins du Luxembourg, la fontaine gelée, et le magnifique soleil d'hiver. Une bouffée d'air bienfaitrice pour qui est confiné à la maison des journées entières***.


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Il y a quelques jours, Gracianne m'a rappelé ma découverte, l'automne dernier, du riz à la gaxuxa. Je ne sais pas pourquoi je ne vous en ai pas parlé alors que j'en ai fait plusieurs fois en très peu de temps et que c'est si bon et réconfortant. C'était la recette de Bolli's Kitchen, mais la prochaine fois j'essaierai la version de Gracianne, qui m'en a redonné envie.

Riz à la gaxuxa (inspiré de la recette de Bolli's Kitchen)


1/2 poulet*, coupé en morceaux
1 oignon
2 gousses d'ail
1 poivron rouge
une vingtaine de fines tranches de chorizo
250 g de riz (rond pour moi)
1/2 l de bouillon de poule
sel, poivre, huile d'olive, piment d'Espelette (facultatif)**

Émincer l'oignon et le poivron et hacher l'ail.
Dans une cocotte, faire dorer les morceaux de poulet dans un peu d'huile d'olive. Réserver.
Jeter le surplus de gras.
Faire revenir l'oignon et l'ail, puis ajouter le poivron et le chorizo. Laisser cuire quelques minutes, saler et poivrer.
Ajouter le riz et remettre les morceaux de poulet dans la cocotte.
Verser le bouillon chaud, couvrir et laisser cuire environ 20 minutes à feu moyen, en mélangeant un peu de temps en temps.
Le plat est prêt quand le riz est cuit et tout le bouillon absorbé.

* Je mets relativement peu de poulet, car je préfère le riz dans l'histoire.
** Pas de piment d'Espelette ici, car le chorizo apporte déjà assez de piquant, mais libre à vous d'en ajouter. J'ai également omis les tomates et le lard (ou jambon de Bayonne chez Gracianne), et le plat est resté tout à fait mangeable.
*** Le confinement explique le vide intersidéral de ce billet, mais j'essaierai de changer ça la prochaine fois.

jeudi 26 janvier 2012

Renouveau (ceci est une tablette votive)


Mon père est rentré de Chine samedi soir, pour pouvoir fêter le passage à la nouvelle année avec nous. Le lendemain, nous étions seize autour de la table familiale, à nous régaler de nems, de canard laqué, de porc croustillant, de boulettes, de poissons à la vapeur, d'épinards, de crevettes et noix de saint-jacques sautées... Aussi incongru que cela puisse paraître, j'avais fait une galette aussi, parce que nous étions enfin au complet pour tirer les rois.
Pour la première fois depuis des mois, je ne fuyais plus. Ni leurs questions, ni leurs regards teintés d'inquiétude. Pour la première fois depuis des mois, je ne cherchais plus à me cacher. Parce que j'avais enfin une bonne nouvelle à annoncer : je venais de retrouver du travail. Dans mon domaine de prédilection. Un job temporaire, certes, mais qui me sauve du naufrage.
Ajoutez à cela un moment d'extase gourmande chez Septime, où Bertrand Grébaut pratique une cuisine sublime — et je pèse mes mots —, des échanges toujours amicaux à la piscine, des rencontres impromptues qui font du bien et beaucoup de chaleur humaine autour de moi ces temps-ci... Et toutes les larmes contenues ces derniers mois auraient pu se déverser en un torrent, de joie et de gratitude, mais elles se sont aussitôt évaporées.
L'année du dragon, la mienne, la nôtre, peut donc commencer.


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Deux choses, sans rapport :
- Si comme moi, vous avez une tendresse toute particulière pour les filles bancales, qui ne s'en sortent décidément pas, vous serez peut-être touché par Karin Viard dans Parlez-moi de vous. Incroyable, comme elle fait pour rendre son personnage à la fois triste, comique et émouvant. J'en ai été éblouie.
- Je sais que je vous bassine avec La Gambette à Pain, et que j'avais promis d'arrêter, mais c'est une adresse qui mérite vraiment vraiment le déplacement ! Allez-y, goûtez à leurs merveilleux pains et viennoiseries, parlez-en, faites en sorte que la Gambette soit un lieu pérenne si vous aimez le bon pain fait par des artisans passionnés et intègres. Ces derniers ont besoin d'être soutenus — surtout s'ils n'ont pas un goût forcené pour les médias et la com'.


Que le dragon soit avec vous.

mercredi 18 janvier 2012

Rois et reines



L'année a commencé vers onze heures et demie du matin, au Centre Pompidou, avec une magnifique vue sur les toits de Paris malgré le ciel gris, puis de fascinantes toiles d'Edvard Munch, et un moment d'émerveillement au milieu des centaines (milliers ?) de petites loupiotes aux couleurs changeantes de Yayoi Kusama.




Après deux heures de visite et un rapide passage à la librairie, nous avons traversé la Seine et l'Île de la Cité pour aller chez Maoz. Nous savions que leurs falafels (sans aubergine) ne nous décevraient pas pour ce tout premier déjeuner de l'année. Si Grom avait ouvert ce jour-là, notre bonheur aurait été parfait.

Depuis, nous avons vu d'autres expositions et pas mal de films, j'ai eu des discussions impromptues avec mes amis de piscine, qui m'ont offert un café un jour, j'ai participé à un club de lecture, et aussi acheté plein de pain et de viennoiseries à la Gambette — qui a définitivement supplanté ce boulanger imbu de lui-même et antipathique de la rue Yves Toudic.
J'ai à faire, car des choses importantes se jouent en ce moment, mais avant de filer, je voulais quand même vous parler de la galette des rois de chez Toraya, fourrée à la crème d'amande et à la pâte d'azuki parfumée au yuzu. Une merveille de pâtisserie qui vaut son pesant d'or (29 € les 4 parts, ouch). C'est la meilleure de toutes celles que j'ai pu goûter ces dernières années, absolument délicieuse, même froide.


Et puisqu'on parle de Toraya, les namagashi de ce mois de janvier sont fabuleux, comme toujours.



Je voulais aussi rappeler à tous ceux qui hésitent encore à quel point la pâte feuilletée inversée est HYPER FASTOCHE à préparer. Si vous avez une journée entière à passer chez vous, le week-end par exemple, lancez-vous : le plus long n'est pas de travailler la pâte, mais de la laisser reposer au frais entre chaque tour.
Pour vous encourager, je vous remets la recette en images :

Pâte feuilletée inversée de Pierre Hermé

(recette trouvée ici et déjà publiée )


Pour l'étape 1 (le beurre manié) :
80 g de farine T45
80 g de farine T55
380 g de beurre à température ambiante

Pour l'étape 2 (la détrempe) :
150 ml d'eau
1/2 c.c. de vinaigre blanc
2 c.c. de sel
180 g de farine T45
180 g de farine T55
110 g de beurre fondu puis refroidi


Préparer l'étape 1 (le beurre manié) :
Mélanger les farines et le beurre dans un saladier, jusqu'à ce que la pâte forme une boule.
Abaisser la pâte en un disque de 1 cm d'épaisseur.
Filmer et réserver au frais au moins 2 heures.

Préparer l'étape 2 (la détrempe) :
Mélanger l'eau, le vinaigre et le sel dans un bol.
Dans un saladier, mélanger les farines et le beurre, puis verser l'eau petit à petit.
Abaisser la détrempe en un carré de 2 cm d'épaisseur.
Filmer et réserver au frais au moins 2 heures.

Au bout des 2 heures, sortir l'étape 1 et 2 du frigo.
Poser l'étape 1 sur un plan de travail fariné.
Poser la détrempe au centre du disque (1) , et rabattre les bords comme suit (2-4) :

Abaisser ce carré, d'abord en tapotant au poing, puis en étalant en rectangle trois fois plus long que large au rouleau (1).
Rabattre le quart inférieur vers le centre de la pâte (2).
Faire de même avec le quart supérieur (3) pour que les bouts soient bord à bord.
À la jointure, plier la pâte en deux en son milieu (4). C'est ce qu'on appelle un double tour (ou tour en portefeuille).
Aplatir légèrement avec la main, filmer et réserver au frais pendant 1 heure au moins.

Au bout d'une heure (ou plus), poser la pâte sur le papier sulfurisé, pliure à gauche (pour se souvenir : penser à un livre), et faire de nouveau un double tour, puis au frigo pour 1 heure :

Au bout d'une heure (ou plus), poser la pâte sur le papier sulfurisé, pliure à gauche (1), abaisser en un rectangle trois fois plus long que large (2), rabattre le tiers inférieur (3), puis le tiers supérieur sur le tiers central (4) : il s'agit cette fois d'un tour simple.
Filmer et réserver au frais entre 30 minutes et 2 heures.

Sortir la pâte feuilletée du réfrigérateur, la couper en deux, et abaisser finement chaque morceau. Découper des disques à la taille que l'on souhaite, pour les utiliser de suite, ou les congeler.

On obtient de quoi faire :
- 2 grandes galettes (4 disques de 26 cm de diamètre environ),
- 3 mini-galettes (6 disques de 10 cm environ).


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Cette année, je me suis décidée à ajouter un peu de crème pâtissière à ma crème d'amande pour en faire une (quasi) frangipane. Le résultat est un peu plus crémeux, sans être forcément plus lourd.
Voilà, vous avez tous les éléments pour faire une belle galette.


Galette des rois (la première version est visible ici)


pour 8 personnes

2 disques de pâte feuilletée (maison, si vous avez le courage. Ça vaut le coup !)

POUR LA FRANGIPANE :

*Crème d'amande*

125 g de poudre d'amandes
85 g de beurre mou
90 g de sucre blond de canne
2 œufs (en garder un peu pour la dorure)
1/4 c.c. d'arôme d'amande amère (facultatif)
3 c.c. de rhum
1 c.s. de crème fraîche

*Crème pâtissière*
(recette trouvée ici)
1 jaune d'œuf
20 g de sucre vanillé
15 g de maïzena
125 ml de lait

POUR LA DÉCORATION ET LE FOLKLORE :

un peu d'œuf (de la crème d'amande)
1 fève
1 couronne


1) J - 1 : Préparer la frangipane

Crème pâtissière :
Dans un bol, mélanger le jaune d'œuf avec le sucre vanillé. Ajouter la maïzena.
Dans une casserole, porter le lait à ébullition.
Verser le lait sur le mélange œuf-sucre-maïzena, puis remettre le tout sur le feu.
Laisser épaissir sans cesser de remuer avec un fouet.
Réserver.

Crème d'amande :
Dans un saladier, mélanger le beurre, la poudre d'amandes, et le sucre.
Ajouter les œufs battus (en réserver un peu pour la dorure), l'arôme et le rhum. Bien mélanger.

Frangipane :
Incorporer la crème pâtissière à la crème d'amande. Réserver au frais (si la frangipane est bien figée, elle tiendra mieux au moment où l'on posera le disque de pâte feuilletée dessus et cela évitera les fuites).

2) Jour J : Confectionner la galette

Étaler un disque de pâte feuilletée sur un plat (ou une plaque) recouvert de papier sulfurisé.
Répartir la frangipane sur la pâte feuilletée en laissant une marge de 1,5 cm au bord (il peut y avoir du surplus de frangipane, c'est normal).
Poser la fève, près du bord et en l'orientant comme un rayon du cercle.
Humidifier le bord avec un peu du reste d'œuf battu.
Recouvrir avec le deuxième disque de pâte feuilletée et souder le bord en appuyant bien avec le pouce.
Chiqueter la galette avec le côté non tranchant d'un couteau.
Dorer la galette avec le reste d'œuf battu, jusqu'à 0,5 cm du bord.
Mettre au frais pendant 30 minutes.
Préchauffer le four à 200 °C.
Dorer à nouveau la galette, et avec un couteau, dessiner des motifs (losanges, rosaces, feuilles, etc) et faire une petite fente au milieu de la galette.
Enfourner 40 minutes à 200 °C. La galette doit être bien dorée.

(Ma galette n'est pas brillante, à cause d'une dorure à base d'œuf et de lait,
mais je crois que c'est un détail sans importance)

Edit du 22 janvier 2012 : Pour la dorure, j'ai finalement opté pour de l'œuf battu seul, sans lait. On obtient alors une galette bien dorée, mais pas collante.

Edit du 5 janvier 2016 : Je préfère finalement la crème d'amande seule. C'est plus simple et meilleur.

mercredi 4 janvier 2012

À la beauté des rêves (Mouk, Chavapa et le calendrier)

(Désolée pour les bras dix fois trop longs !)

Je me souviens des flyers de la Guinguette Pirate, collectionnés de l'été 2004 à l'hiver 2006.
Je me souviens des toutes premières aventures de Mouk, sur son véli vélo.
De son ennui sur son canapé en moumoute rose, et du "Allou mamou" qui faisait hurler de rire ma petite Nini.
Et puis Mouk fit le tour du monde, avec son vélo.
Je me souviens du splendide sapin, de la petite souris qui avait perdu une dent, du lion qui ne savait pas écrire, du popotin de l'hippopo.
Je me souviens des chouettes rencontres, au Salon du livre jeunesse de Montreuil et au Bon Marché. Des dédicaces et des petits dessins dans mon carnet.
Puis il y eut les cahiers, les carnets, les porte-monnaie, les valisettes, les stickers...

Aujourd'hui, je suis plus qu'enchantée de voir Mouk en version animée : l'adaptation est très réussie, et c'est une belle récompense pour le travail de Marc Boutavant. En plus, le générique est vraiment extra.

Je me joins à Mouk et Chavapa pour vous souhaiter une belle et heureuse année 2012, pleine de joie, de poésie et d'extases gourmandes. Que vous puissiez accomplir vos rêves, et continuer de rêver.


Comme tous les ans, je recycle les illustrations du blog dans un calendrier*, j'espère qu'il vous plaira et qu'il accompagnera des jours heureux.
* Désolée de ne pas y mettre des dessins originaux, j'avoue que ma paresse naturelle n'aide pas, et puis il y a tant d'autres choses que j'ai envie de faire en priorité...














Je trouve que 2012 rime un peu trop avec "lose", mais espérons qu'il n'en soit rien !

vendredi 30 décembre 2011

Comme on n'a pas le choix, il nous reste le cœur (Orangenpunsch pour se réchauffer)


La première fois, c'était le 26 septembre 2005.
Ce matin-là, au lieu de descendre rue d'Ulm pour assister à cette école de linguistique à laquelle je m'étais inscrite, j'avais prolongé mon trajet en bus jusque dans le Marais, pour atterrir sur une banquette de L'Étoile Manquante.
C'était là que je l'avais rencontré, lui, avec sa veste qui ressemblait à un bleu de travail, sa barbe de plus de trois jours, et surtout cette mine de type pas commode. Était-ce bien lui ?
Installé sur la banquette, à deux tables de la mienne, il avait commencé à griffonner quelque chose dans un carnet. Mes doutes s'étaient alors dissipés : ce ne pouvait être que lui. Je m'étais approchée de lui pour lui poser la question, sa réponse avait été affirmative. S'en était suivie une longue discussion sur son travail — un album était en préparation sur l'élection présidentielle américaine —, sur Monsieur Jean, sur Henriette, que mon ami L. m'avait fait découvrir parce qu'il me trouvait une certaine ressemblance avec elle, sur la bande dessinée en général... Nous avions parlé des auteurs que nous aimions, de lui, et de moi (ma thèse, etc). Je me souviens avec bonheur de cette conversation.
Puis il avait dû partir, et j'étais restée sur un regret : celui de ne pas avoir osé lui demander un dessin dans mon carnet.

Ce mardi d'avant Noël, dans le 26 qui m'emmenait vers la rue des Martyrs, alors que je venais d'engloutir un délicieux pain au chocolat de La Gambette à Pain — d'autant plus délicieux après 1h15 de brasse coulée, dans une piscine quasi vide — et que j'avais une grosse miette coincée entre les dents — mais je ne le sus que plus tard, devant le miroir des toilettes de Rose Bakery —, je n'imaginais pas une seule seconde que nos chemins allaient de nouveau se croiser.
Je ne l'ai pas vu monter dans le bus, mais quand j'ai eu la certitude qu'il s'agissait de lui, je n'ai pas résisté à l'envie d'aller lui parler, en lui posant exactement la même question que six ans auparavant : "Excusez-moi, vous êtes bien Philippe Dupuy...?"
Après son "oui", il y eut un grand moment de silence et de débilité profonde : je n'avais pas anticipé la suite de la conversation. Puis, je lui ai rappelé la rencontre que nous avions eue à L'Étoile Manquante, éberluée et ravie de le rencontrer à nouveau par le plus grand des hasards. La discussion fut brève cette fois-ci, mais j'ai pu lui redire à quel point j'appréciais son travail, et implicitement celui de Charles Berberian — en particulier les premiers tomes de Monsieur Jean, La théorie des gens seuls, Journal d'un album, les carnets de voyage ainsi que les travaux d'illustration. Il me confia, entre autres choses, qu'un livre assez volumineux allait paraître au printemps prochain. Puis, très vite, ce fut le moment pour moi de descendre.
J'aurais voulu avoir une conversation plus intelligente et spirituelle, mais bon, on fait ce qu'on peut.

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Trois jours plus tard, à la piscine, je suis tombée sur mon ami Borgia qui m'a interpelée en allant sortant de sa cabine : "Hé, miss Borgia ! Il y a un petit déjeuner tout à l'heure, tu viendras ? On fait ça tous les ans à Noël, tu verras, c'est sympa."
C'est ainsi que je me suis retrouvée, à l'heure de la fermeture de la piscine, devant un buffet de gâteaux maison et de viennoiseries, en compagnie des autres nageurs et des maîtres-nageurs. Certains sont tout à fait méconnaissables une fois habillés et coiffés, ou alors, nous ne nageons pas dans la même zone... J'ai pris une tasse de thé et grignoté un bout de gâteau — avec modération parce qu'une expédition à La Gambette à Pain était prévue —, posé pour des photos, échangé quelques mots avec les copains de Borgia. Un peu intimidée, mais très agréablement surprise par la convivialité de ma nouvelle piscine, qui est un peu comme le train de Gracianne !

Après ce chouette interlude, je me suis rendue à la Gambette pour refaire des provisions, car ils fermaient toute la semaine entre Noël et le nouvel an. J'avais tant de victuailles — notamment 1 kg de pain préféré, en partie pour accompagner le foie gras du réveillon — que la vendeuse m'a tout mis dans un grand cabas visiblement bricolé avec un sac de farine, et j'étais toute fière en sortant de la boulangerie : c'était à la fois le plus chouette cabas qu'on m'ait jamais donné et un superbe exemple de recyclage.



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Cette semaine-là a commencé et s'est terminée avec Wohin und zurück - Welcome in Vienna, trilogie éblouissante et méconnue d'Axel Corti, qu'on a eu la bonne idée de ressortir cet hiver. Le public était nombreux à toutes les séances à l'Arlequin, formant un beau camaïeu de chevelures parme-grises-blanches — l'absence quasi totale de cinéphiles plus jeunes m'a fortement interpelée. C'est un cinéma exigeant, certes, mais on suit avec angoisse et empathie le quotidien de ces Autrichiens juifs en fuite à travers l'Europe puis l'Amérique, qui essaient de survivre dans cette époque tourmentée ; on tremble pour eux, avec eux.
Je confesse une très légère préférence pour l'épisode new-yorkais (Santa Fe, le 2ème volet), peut-être parce qu'il constitue une parenthèse loin de la guerre, teintée d'espoir, même si cet exode-là charrie lui aussi son lot d'horreurs.
Ne perdez pas de temps et allez les voir avant qu'il ne soit trop tard ! (Et si par hasard vous avez vu ou lu certaines des daubes de Gabriel Barylli, vous serez sans doute ravis de le voir là dans un rôle magnifique.)


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Cette semaine fut un moment de répit dans cette année (relativement) atroce. Ce qu'il y a à retenir de 2011 se compte sur les doigts d'une seule main : une nouvelle amitié, une rencontre réjouissante, un voyage de rêve, la découverte d'une boulangerie exceptionnelle* et de la piscine presque idéale. Pour tout le reste, j'espère que 2012 se montrera plus clémente — au stade où j'en suis, un travail, même précaire, suffirait à mon bonheur.

Passez un bon réveillon et portez-vous bien en 2012. J'ai envie de vous proposer un Punsch** pour trinquer à la nouvelle année. C'est notre boisson préférée du moment, qui nous console en plus de ne pas avoir pu retourner à Vienne cet hiver.

Merci d'être encore là.


Orangenpunsch (Punsch à l'orange)
(recette déjà publiée sur La bouche pleine)


pour 2 grands mugs

30 cl d'eau (filtrée)
2 sachets de thé noir (type English breakfast)
20 cl de jus d'orange*** (environ 3 petites oranges) (ici : des oranges sanguines)
1 c.s. de sucre blond de canne
1 c.s. de miel
1 bâton de cannelle fendu
1 clou de girofle
6 cl de rhum blanc agricole (ou un peu plus, si vous voulez)

Faire chauffer l'eau dans une petite casserole.
Un peu avant l'ébullition, retirer du feu, ajouter les sachets de thé et laisser infuser quelques minutes.
Ajouter le jus d'orange, le miel, le rhum, la cannelle, le clou de girofle, et faire chauffer (mais sans faire bouillir). Laisser infuser un moment.
Filtrer et servir bien chaud.


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* L'année prochaine, promis, j'arrête de vous bassiner avec La Gambette.
** Prononcer "pounche", à l'autrichienne (et non "ponche").
*** Il est important d'utiliser soit du jus d'oranges fraîchement pressées, soit du jus en brique 100% pur jus (type Tropicana au rayon frais). Sinon, le goût d'orange sera trop fade.

lundi 19 décembre 2011

Des lendemains qui chantent, malgré la pluie battante (et des Weihnachtskekse)


Se lever, tôt. Sortir affronter le métro bien avant l'heure de pointe, pour se plonger dans un bassin d'eau chlorée. S'immerger, glisser dans l'eau bras et jambes tendus, ressortir la tête, inspirer, puis replonger, et recommencer encore et encore. Nager inlassablement pendant cinquante minutes, une heure, sans penser à rien. La seule chose qui compte : se fondre avec l'eau — savez-vous quel plaisir addictif cela représente ? On en ressort l'esprit infiniment plus léger.


Non, je ne suis pas solide
Ça c'est la nature qui décide
Non, je ne suis pas solide
Je suis cassable, je suis passable
Je suis liquide


Dans mon quotidien actuel, il y a toujours les séances de cinéma, mais plus seulement du matin. Il y a les expéditions à La Gambette à Pain — où M. Mathon m'a saluée d'un signe de la tête à travers la vitre une fois, reconnaissant certainement celle qui traverse Paris pour son pain préféré et qui est parfois obligée d'aller patienter au troquet à Saint-Fargeau quand le pain est encore au four — et aussi les pérégrinations du côté de la rue des Martyrs, qui est accessible par un bus direct de Gambetta, ce qui est bien pratique même si le trajet n'est pas des plus courts.
À l'arrivée, je vais souvent chercher un pain au cacao ou aux noix chez Landemaine — mais attention, le pain au cacao est parfois rabougri et trop cuit. J'aime bien aller boire un capuccino chez Kooka Boora en contemplant les jolies cafetières exposées dans la vitrine, puis acheter une, voire deux parts de cake à la pistache pour mon poulet chez Rose Bakery — ce cake est sa nouvelle addiction. Quant à moi, j'aime toujours autant déjeuner chez Rose Bakery, d'une assiette de légumes hyper colorée et appétissante et plein de pain Poujauran beurré, ou d'un risotto quand il n'est pas aux champignons. Mais un jour où ma banque avait bloqué ma carte bleue et où je n'avais que 3,20 € en poche quand je m'en suis aperçue, j'ai dû me contenter d'un pain aux noix (1 €), un yaourt aux fruits (1,24 €), une clémentine (10 centimes), le tout arrosé d'une bouteille d'eau très bon marché (18 centimes) ; et comme il me restait encore quelques dizaines de centimes au fond du porte-monnaie, j'ai pu m'offrir une banane en bonus (26 centimes) — étant donné que je n'arrêtais pas de demander le prix de chaque chose, la caissière du supermarché m'a sans doute prise pour une clocharde. Pour me consoler de cela, une fois l'incident bancaire clos, je suis allée m'acheter une gigantesque côte de bœuf pour quatre chez mes anciens amis bouchers de la rue Blanche.
Quand j'ai du temps et aucun rendez-vous en vue, j'aime bien aller admirer les chouettes objets rassemblés au Rocketship — dont plusieurs font déjà partie de mon quotidien : tasse Isak, mugs Orla Kiely, valisette Mouk... Au terme de plusieurs semaines de tergiversations, j'ai fini par y acheter un moulin à café japonais (avec une meule en céramique) et un paquet de café en grains de chez Coutume. Depuis, je prends plaisir à moudre tous les jours du café pour mon poulet, cela diffuse une odeur divine dans l'appartement — je n'aime pas tant que ça boire le café, mais j'adore le sniffer dans le paquet, car cette odeur me rend dingue.


Mon corps est une cage
Qui m'empêche de danser
Avec l'homme que j'aime

Et moi seule ai la clef



Mais en fait, je me fiche un peu du café, car ce serait plutôt du thé qui coule dans mes veines. Et un des moments les plus délicieux de ces dernières semaines fut l'après-midi passé au Zenzoo Thesaurus à m'initier au gong fu cha. Ce n'était pas le but de ma visite, mais il m'était déjà arrivé de converser en mandarin avec la charmante Taïwanaise qui tient la boutique, elle se souvenait de moi, je lui avais raconté d'où venait ma famille, quel dialecte je parlais avec mes parents et grands-parents, etc... Je me sentais suffisamment en confiance pour faire mon initiation avec elle, et je ne l'ai pas regretté. J'ai adoré écouter ses explications — en version bilingue et avec une patience et une gentillesse qui avaient cruellement fait défaut à la Maison des Trois Thés le jour où je m'y étais rendue —, j'ai adoré observer ses gestes précis et sûrs, et cette dégustation de Si Ji Chun fut un moment de plaisir et de sérénité rare, un moment hors du temps.
Je saurai désormais comment utiliser les ustensiles à thé qui croupissent dans un coin de ma cuisine depuis des années...


J'aime sa minceur
J'aime sa maigreur

J'aime sa pâleur


J'aime sa faiblesse

J'aime sa rudesse

J'aime sa détresse


Mon bonheur n'a que la peau sur les os


Ce mois-ci, lors d'un court séjour en Lorraine, j'ai fait le plein de chocolats et de gaufrettes belges dans un hypermarché de Messancy dont je vous avais déjà parlé, mangé de vraies bonnes frites à Athus, et découvert avec ravissement un petit marché de Noël sur une place à Luxembourg un soir gris et humide : Glühwein, décos de Noël en bois et objets tressés m'ont immédiatement consolée de la pluie incessante de ce week-end-là.
Pour le trajet Paris-Lorraine en voiture, j'avais emporté à la hâte une pile de CD de Benjamin Biolay, Dominique A, The Arcade Fire, REM, Leonard Cohen, Schubert... mais en oubliant les deux que j'avais le plus envie d'écouter à ce moment-là. Depuis, c'est Jeanne Cherhal qui me tient compagnie, et ce durant des heures entières. J'avoue avoir un faible pour Une tonne, que je ne me lasse pas d'écouter.


Une année j'ai pesé une tonne
Et cette année dura mille jours

Jamais on n'avait vu d'automne si long

Et de printemps si court


Tous les jeudis au Desdémone

J'allais oublier mon corps lourd

En noyant ma large personne

Dans des bains brûlant mes pourtours


Le week-end dernier, j'ai enfilé mon tablier de compétition — cousu par une fille qui fait, entre mille autres choses, des entremets épatants, des pots de thèse de folie, de jolies robes, et maintenant également des livres de cuisine — et j'ai pâtissé une journée entière, de 11h à 2h du matin, dans une ambiance qui me rappelle Vienne à chaque fois.
Dès le lundi, de petits colis étaient expédiés un peu partout en France ainsi qu'en Suisse.


Dans les colis gourmands, il y avait évidemment les quatre incontournables : Lebkuchen, Zimtsterne, Vanillekipferl et Linzeraugen ; plus les amaretti de Nilufer, que j'ai refaits étant donné le succès qu'ils ont eu l'an dernier.
Les deux nouveautés de cette année sont les Brunsli de Bâle, trouvés chez Loukoum°°°, et les étoiles au citron, faites avec la même base que les Linzeraugen et glacées avec un mélange de jus de citron et de sucre glace.


Sablés étoilés au citron


150 g de farine
100 g de beurre
50 g de sucre glace
1 jaune d'œuf
50 g de poudre d'amandes
zeste d'1/2 citron
une pincée de sel

Pour le glaçage :
un peu de jus de citron
du sucre glace

Verser la farine dans un grand saladier, ajouter le beurre froid coupé en petits morceaux et mélanger du bout des doigts pour obtenir une poudre grossière.
Ajouter le reste des ingrédients et amalgamer le tout pour former une boule.
Envelopper la pâte et la mettre au frais pendant 30 minutes au moins.
Préchauffer le four à 180 °C.
Abaisser la pâte sur un plan de travail fariné, découper des étoiles (ou d'autres formes) à l'emporte-pièce et les poser sur une plaque recouverte de papier sulfurisé.
Enfourner 12 minutes à 180 °C. Les biscuits doivent dorer légèrement.

En attendant que les sablés refroidissent (sur une grille), préparer le glaçage : verser le jus de citron dans un bol et ajouter du sucre glace jusqu'à obtenir un mélange qui ne soit ni coulant ni trop épais mais suffisamment souple pour être étalé.
Si le mélange est trop liquide, ajouter du sucre glace.
S'il est trop épais, ajouter du jus de citron par petites cuillerées.
Glacer les sablés et les laisser sécher quelques heures.


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Ce matin, mon poulet est rentré de sa promenade au parc avec une poignée de framboises. Vous croyez ça, vous, qu'on trouve encore des framboises en décembre, à une semaine de Noël ?

jeudi 10 novembre 2011

L'intranquillité (et le couscous des débutants)


Je me suis fait un pote à la piscine.
L'autre jour, à l'endroit où l'on se rechausse avant de sortir, il m'a dit "bonjour !" avec un grand sourire. "Borgia", a-t-il précisé. Je lui ai répondu que je me souvenais très bien : quelques jours avant, alors qu'il discutait avec ses compères nageurs de la nouvelle série de Canal Plus et qu'il cherchait en vain le nom d'un des fils du pape Alexandre VI, je suis venue à sa rescousse. J'avais la réponse, et elle me brûlait les lèvres — que voulez-vous, on ne se débarrasse pas facilement de ses mauvaises habitudes de première de la classe... J'avais surpris tout le monde en disant "Juan", avec mon air de ne pas y toucher. Et là, Borgia était ravi de pouvoir discuter séries télé avec une nouvelle habituée — la prochaine fois, je pourrais lui parler de Game of Thrones.
Je crois qu'une nouvelle vie sociale s'ouvre à moi.


She's broken all her promises
And found another place to sleep

He's a little boy that never thought about the consequence

She's like a letter bomb waiting for another man

Sitting on a fence in another dreary disco town


Mercredi matin, 7h12, Censier-Daubenton. La rame arrive à quai, s'arrête. De l'autre côté de la vitre, juste devant moi, la toute nouvelle affiche du Bon Marché, qui me fait sortir de ma torpeur. Quel bonheur de commencer la journée ainsi et de voir le visage d'un être admiré à chaque déplacement en métro. Une présence comme un réconfort, un encouragement en ces temps un peu rudes.


Vous mes morts et vous mes vivants, vous mes hommes partis
Chuchotez au creux de mon oreille

Dans mon sommeil

Vous mes morts et vous mes vivants, vous mes hommes enfouis

Je vous reconnais dans le soleil

Dans le soleil


Je regarde la vie des autres.
Tandis que je rentre chez moi, après la piscine, je regarde les gens courir, se hâter dans la rue et dans le métro. Hommes en costume, étudiants fatigués, femmes apprêtées, ils vont tous travailler.
Je vais à rebours. Je rentre à la maison, sans savoir quand viendra mon tour d'entrer à nouveau en piste.


Chaque jour, je me tenais prêt
Je guettais l'heure et la page
Où les eaux s'ouvriraient
Me laisseraient un passage
L'espoir me faisait vivre
L'attente me rendait nerveux
Je trouvais dans les livres
De quoi patienter un peu


Sur notre balcon, l'érable japonais s'est paré de ses plus belles couleurs. Nous ne nous lassons pas de le contempler, en anticipant sur la tristesse qui nous saisira quand ses feuilles, d'un rouge flamboyant, auront laissé place à des branches nues.
Les framboisiers du parc, quant à eux, continuent de donner des fruits. Nous guettons sous les feuilles et cueillons les rescapées avec ravissement. Je ne pensais pas pouvoir prolonger le plaisir des yaourts d'été jusqu'au cœur de l'automne.


Heaven is a place on earth with you
Tell me all the things you want to do
I heard that you like the bad girls
Honey, is that true?


Novembre a, cette année, le goût des crêpes au Poulain Grand Arôme, le goût du riz à la gaxuxa, des kamatén udon, du pain de seigle et du pain au cacao de Rodolphe Landemaine. Ce dernier, en particulier, vous enveloppe tout entier dans son moelleux et sa douceur chocolatée. Fabuleux.


Il a aussi le goût du couscous que l'on a enfin osé cuisiner. Alors que l'on s'imaginait des montagnes d'ingrédients, des heures de préparation et de cuisson, et forcément de grandes tablées comme prérequis, on découvre en relisant le blog de La Sieste — en plus de rire un bon coup — que la préparation d'un couscous n'est finalement pas si terrifiante que ça et que, oui, on a le droit de cuisiner un couscous pour deux si on veut.
Merci, La Sieste ! Grâce à toi, j'ai vaincu ma peur du couscous !


"Couscous 2000" pour les débutants (recette trouvée ici)


pour 2-3 personnes

700-800 g de collier de mouton (ici, de la souris d'agneau désossée)
3 carottes
2 courgettes
3 navets
1 poivron rouge
1 oignon
1 gousse d'ail
1 petite boîte de pois chiches
1 c.s. de ras-el-hanout
2 c.s. de concentré de tomate
1 l de bouillon de volaille
2 c.s. d'huile d'olive
harissa, sel et poivre
semoule de blé dur (1 verre par personne + la même quantité d'eau bouillante)

Pour accompagner :
des merguez grillées, du poulet rôti

Peler et couper en rondelles l'oignon, écraser l'ail.
Peler les carottes et les couper en tronçons de 4 cm de long.
Pelez les navets et les couper en deux.
Couper le poivron rouge en deux, ôter les graines et les parties blanches, puis le couper en lamelles.
Laver les courgettes et les couper en grosses rondelles.

Mettre une cocotte à chauffer avec l'huile puis faire dorer l'ail et l'oignon avec les morceaux de collier de mouton. Retourner les morceaux de viande pour qu'ils dorent sur toutes les faces.
Saupoudrer de ras-el-hanout, ajouter le concentré de tomate, les carottes, les navets, les pois chiches et le poivron. Saler, poivrer et arroser de bouillon.
Couvrir et laisser cuire une heure à feu moyen.
Ajouter les rondelles de courgettes 15 minutes avant la fin de la cuisson.

Préparer la semoule de couscous : mettre la semoule dans un saladier, ajouter un peu d'huile d'olive et l'eau bouillante (même volume d'eau que de semoule). Couvrir pendant 5 minutes.

Disposer la semoule en couronne dans un plat creux. Verser la viande et les légumes au centre. Servir bien chaud, accompagné de harissa.



Pas de dessin cette fois-ci — qui sait si vous n'êtes pas lassés de ces sempiternels dessins de plats...